Trois Chinois à Lille

du 7 février au 20 avril 2004

Yi Ling (Peintre), Ma Han (photographe, plasticien) et Ling Fei (photographe) sont en résidence à Lille. Ils sont accueillis conjointement par la Pluie d'Oiseaux et le Centre d'Arts plastiques et visuels de Lille dans la cadre de l'année de la Chine.
Ils vont créer et exposer à la galerie du Centre d'Arts

Interviews réalisées par Marine Gubelini
photos : Edith Henry, Olivier Dupont, Bertrand Foly, Ma Han

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Les interviews
Edith HenryMarie-Joseph PiletteYi LingLing Fei
Ma HanVan'MLou RiffBertrand Foly
Les diaporamas
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autour de l'expo
Communiqué de presse
La Pluie d'Oiseaux et la Chine
Ling Fei Chaque semaine vous pourrez lire l'interview d'un(e) des artistes associé(e)s ou d'un organisateur à la résidence de Yi Ling, Ma Han et Ling Fei à Lille.
Cette semaine :

Ling Fei, photographe en résidence.

Ling Fei, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je m'appelle Ling Fei, je viens régulièrement en France depuis le début des années 90, je dois dire que je voyage souvent, en Asie, en Chine et en Europe.

J'ai été professeur de photographie en Chine, à l'Université. J'ai ensuite exposé et fait pas mal de reportages en France pour la presse et pour moi-même aussi.

Je fais de la photographie mais aussi du cinéma et de la sculpture.


Ling Fei encadrant Olivier

Comment toute cette histoire a-t-elle commencé pour vous ?

En Chine, j'ai rencontré une amie française, qui m'a fait connaître l'ARIAP (l'actuel Centre d'Art). Après avoir fini mon travail à Paris, je suis venu ici, invité par la Maison de quartier. J'ai rencontré pas mal de gens et travaillé avec quelques artistes de l'ARIAP. Cette dernière m'a proposé de monter une exposition sur les habitants de Wazemmes. Et ce travail dure depuis 10 ans.

C'est vous qui avez mis en contact MaHan et YiLing avec le Centre d'Art ?

Oui, avec mon ami, Xu Zhi Wei (qui a organisé les « Correspondances muettes » avec Edith Henry). Je connaissais Yi Ling, mais pas Ma Han personnellement.

Vous avez un pied en France et un autre en Chine si on peut dire, contrairement à Ma Han et Yi Ling, qu'est-ce que ça vous a apporté ?

La France, pour les chinois, c'est un rêve. C'est un pays qui a une culture artistique très forte. Je suis venu pour la première fois en France en 87, à Arles, berceau de l'enseignement photographique. Je recherchais une certaine liberté de création. Il y a 20 ans c'était dur en Chine de créer artistiquement librement. Maintenant tout ça a fortement évolué là bas et très rapidement. Un artiste est toujours libre dans la tête, qu'il vive en France ou en Chine. Mais en Chine, il fallait faire attention aux autres : est-ce que l'autre va accepter ce que je vais faire ? La censure était très présente, on ne pouvait pas aller trop loin, du moins à cette époque. Maintenant c'est beaucoup plus ouvert évidemment.

Sur quoi travaillez-vous et que voulez-vous montrer durant cette résidence ?

C'est environ la 4ème exposition que je fais sur Lille. Pour cette fois-ci j'ai choisi une série de portraits de gens français, chinois, africains et arabes. Je veux que ces portraits soient contemporains. L'idée vient d'une ancienne philosophie chinoise, qui dit qu'une chose peut être là, mais évoluer, changer aussi. Cette chose est là, mais peut-être qu'elle n'est pas là. Parce qu'une photo c'est un instantané, un moment. Sur les photos les gens tiennent un pot de peinture. Quand la photo est tirée, je la modifie en la repeignant. Et pendant l'exposition je mettrai le pot que j'ai photographié devant le tirage. Trois fonctions, dimensions différentes. C'est le Yin et le Yang qui peuvent tourner et s'inverser. C'est quelque chose que je cachais dans ma tête, c'était stocké dans mon esprit. Ca sort naturellement et je veux partager ça avec les gens.


Ling Fei dans l'atelier de ses portraits


Yi Ling

A partir du mardi 2 mars se dérouleront les ateliers croisés. Vous avez quelques idées à partager ?

Oui, je veux mettre mon projet à contribution, je veux le partager. J'aimerais faire quelques chose sur les années croisées, sur le fait que la Chine et la France se ressemblent mais sont différentes aussi. Je prépare une installation avec une statue vénitienne sur une chaise chinoise. Je veux confronter les différents patrimoines artistiques, les mettre ensembles. C'est comme dans la peinture de Michel-Ange, avec les deux doigts qui se rejoignent, on a toujours besoin que les choses se touchent ! C'est la mission de l'artiste je pense, c'est d'être une langue sans frontière.

Parlez-nous de la projection de votre film le 16 mars au Centre d'Art

C'est un sujet qui présente la vie de trois personnes transsexuelles en Chine : deux hommes devenus femmes et une femme devenue homme. Ce sujet me touche depuis longtemps. Les gens généralement trouvent ça bizarre évidemment, en Chine ils associent souvent ça à la Thaïlande, ils pensent que c'est loin d'eux, que ce n'est pas normal.

Ces gens sont normaux évidemment, ils sont exactement comme nous. Ce ne sont pas des marginaux. Dans chaque grande ville on peut se faire opérer, ce n'est pas très cher en plus, ça coûte dans les 20 000 Francs. D'un coté, la Chine est très fermée mais d'un autre côté, tu peux changer de sexe très facilement, c'est assez paradoxal, il y a des côtés beaucoup plus libres qu'en France et c'est ça aussi que je veux montrer dans le film.

année de la Chine
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